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Etienne Forget

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Interview de Etienne Forget

Compositeur de musique

Révéler et réveiller nos consciences à l’importance de la musique, des musiques qui reflètent les images de films !

Etienne Forget dans une puissance orchestrée emplie de vitalité, vivacité, ténacité crée des œuvres qui respirent l’oxygène et la liberté, qui collent aux personnages, aux éléments, qui touchent le cœur du cœur…

Ce musicien écoute et entend nos pressentiments, et nous les restitue avec une nouvelle réalité, un autre réalisme comme une réponse à l’échiquier de nos sensibilités : il se fait écho aux scènes qui défilent, cet artiste compose au sens propre du terme et impose dans un respect salvateur des émotions indescriptibles, des larmes, des frissons, un ascenseur de notre esprit vers notre âme.

C’est un humaniste harmonisateur de notes, des blanches, des noires qui dansent sur des photos, des moments, des instants

Etienne Forget sympathique, sensible a cette belle intelligence celle du don de soi en utilisant ce don sacré celui d’écrire, créer des musiques uniques et extraordinaires

Etienne Forget est un symphoniste du monde

Etienne Forget c’est un vol d’oies sauvages formant un dessin dans le ciel gris et blanc, c’est l’éclosion d’une fleur par un beau matin qui vient s’épanouir au soleil, c’est la traversée des chemins entre la campagne, la mer et la montagne, c’est un pique-nique improvisé en plein Automne afin de profiter des dégradés de couleurs du vert au marron chaud, c’est un mur d’escalade ludique qui demande réflexion et instinct, c’est la force d’être soi dans l’acceptation sans paraître, c’est le côté acidulé presque pétillant d’une grappe de groseilles blanches croquées une à une avec le bonheur de vivre…

Je vous laisse vous imprégner des réponses de Etienne Forget…

Etienne Forget compositeur de musique

Je suis compositeur de musique. Je travaille essentiellement pour la télévision et le cinéma. D’abord autodidacte, je me suis formé ensuite à l’analyse et à la composition avec les cours privés de Sebastien Villers. Mes racines musicales sont d’abord rock, folk et électronique : Sonic Youth, Radiohead, Nick Drake, Bjork, Aphex Twin etc… Et mon apprentissage classique et moderne : Stravinsky, Debussy, Hermann etc

Aujourd’hui, j’ai une vie très centrée sur la musique et somme toute assez simple. Mon métier occupe le plus clair de mon temps, parfois d’avantage qu’une vie équilibrée l’exigerait. Mais c’est un choix que j’assume très bien. Dès que j’ai un peu de temps libre j’aime jouer avec mes enfants, me perdre en forêt seul ou avec eux.

1) Qui, quoi, comment vous a permis de devenir musicien et compositeur ?

C’est d’abord l’envie de m’exprimer et une audace un peu naïve qui m’ont mis sur cette voie. Et puis il y avait ce scénario récurrent que je me projetais avant de m’endormir, quand j’avais 6 ou 7 et dans lequel je jouais de la musique sur l’estrade du pré-haut de mon école. Je me sentais très bien dans cette vision. Mais je ne pensais pas une seconde à la concrétiser à l’époque.

Plus tard, j’ai constaté qu’aucun adulte ne semblait s’épanouir dans son travail autour de moi. La musique portait secours à ces différentes figures. Cela semblait représenter une sorte de Graal auquel s’accrocher sans modération. Vu par mes yeux de gamin, les artistes avaient de l’attention, ne manquaient de rien et passaient leurs journées à dire ce qu’ils voulaient tout en jouant de leur instrument favori, bref Ils semblaient prendre du plaisir à vivre !

Alors je me suis mis cette idée en tête. J’allais devenir une rock star ! Mon choix précoce n’a pas été accueilli et encore moins encouragé par ma famille. L’attention et l’admiration qu’ils accordaient aux musiciens ne leurs semblaient pas justifier que je me mette en tête d’en devenir un ! Le conservatoire non plus ne voulait pas de moi : A 12 ans j’étais trop vieux pour débuter à la guitare ! Mais ça n’a fait que renforcer ma détermination à poursuivre dans cette voie.

Après 4 accords enseignés par un ami j’en découvrais d’autres tout seul. J’essayais d’apprivoiser la musique à ma façon parce que l’inclinaison à créer quelque chose par moi même était plus forte que l’envie de jouer la musique d’autres personnes.

En ce temps là, je me retrouvais donc toujours dans la situation où on me demandait de jouer un morceau de tel ou tel groupe sans que je puisse y répondre. Des années durant les gens n’ont pas compris que je ne veuille pas apprendre à jouer les tubes à la mode… Et moi je cherchais les personnes qui voulaient créer par elles mêmes. Celles qui deviendraient peut être semblables à ceux vers lesquels je tendais mon regard. Bref, je cherchais des compagnons de route.

J’ai poursuivi ainsi avec en tête l’idée d’écrire mes albums et mon envie de m’exprimer s’est transmise à la production de la musique. Vers 15 ans je commençais à monter un home studio avec les petits boulots d’été, l’argent de poche, les anniversaires. Tout y passait. Je séchais les cours et enregistrais tout ce que je pouvais.

Après le bac, j’ai voulu apprendre les techniques du son et de la production musicale pour mettre en forme mes chansons moi même et être sûr que la « mise en scène sonore » corresponde à ce que je voulais dire. Je sentais que quelque chose de crucial se jouait au moment de l’enregistrement et du mixage. J’ai donc intégré une école d’ingénieur du son mais à part les cours de culture artistique ça ne m’a pas plu : trop théorique, trop poussiéreux, pas rock’n’roll du tout.

Cependant, au bout de ces 3 années une porte s’est ouverte : une petite annonce dans le hall de l’école : 3 jeunes réalisateurs venaient de tourner ensemble un long métrage avec leurs propres moyens. Ils avaient emprunté de l’argent à leurs parents, acheté une caméra et embarqué trois jeunes acteurs aux Etats Unis pour leur road trip. Ça ressemblait beaucoup à ma propre façon de créer. On s’est rencontré, j’ai quitté mes études, on a fait le film ensemble et puis de contact en contact, j’ai rencontré des gens qui eux aussi assumaient de vouloir créer quelque chose…

Ce film m’a aussi permis de rencontrer Simon Astier par le biais d’Alban Lenoir qui y tenait le rôle principal.

Ma rencontre avec Simon a été déterminante de bien des façons. Il m’a confié la musique de la série Hero Corp pour 4 saisons et, partant d’une exigence bien au-dessus de mes moyens d’alors, il m’a laissé toute la place pour m’exprimer, expérimenter, bref, apprendre ce métier. Je lui dois beaucoup. Pour sa confiance et parce que cette aventure était très stimulante, foutrement attachante. Ça avait beau être très compliqué et fauché il y avait plein d’envie pour faire toujours plus avec rien. A posteriori, je reconnais d’autant mieux l’excellente école que cela a été.

Après c’est la rencontre avec mon professeur de composition qui m’a permis de passer à un autre niveau. Je suis passé de l’inspiration à l’analyse pour finalement être en mesure de modeler cette inspiration. C’est seulement depuis que je me sens vraiment compositeur. C’est d’ailleurs suite à ces cours que ma carrière s’est réellement développée. Ce n’est pas un hasard.

Moi qui fut autodidacte, je crois maintenant que l’inspiration ne peut pas se passer des outils techniques pour la mettre en forme et je me retrouve à l’expliquer à mon tour à de jeunes compositeurs qui restent sur leur garde vis à vis de la technique. Ils s’en défient au motif qu’elle scléroserait leur inspiration. J’ai été comme eux et, je comprends cette peur : oui il faut se méfier de l’outil. Il ne faut pas le laisser nous transformer et nous dicter nos
possibilités. Le but est bien de s’en saisir pour qu’il serve notre volonté. Cela demande juste beaucoup de travail et de vigilance… Mais ça en vaut la peine !

Récemment, j’ai été membre d’un Jury de fin d’études au CNSMD de Lyon, une immense institution musicale. Sous la direction de Gilles Alonzo, de jeunes compositeurs de musique de films y sont encouragés à se découvrir et sont formés à maîtriser toutes la diversité technique nécessaire pour faire ce métier. Le résultat est proprement impressionnant. Si je voulais devenir compositeur de musique de films aujourd’hui, c’est là que je (re)commencerais.

2) Vous avez composé beaucoup de musiques de film, comment cela se déroule t-il ?

Chaque compositeur a sa façon de travailler, aussi, je vais seulement parler pour moi. C’est un peu différent à chaque projet en fonction des réalisateurs et des producteurs.

Je fais de mon mieux pour imaginer une musique qui va mettre en valeur le récit, qui va faire corps avec lui tout en lui ajoutant des reliefs supplémentaires. Pour cela j’ai besoin de temps : d’abord, pour m’imprégner de la narration, de ses enjeux et de son environnement afin d’être en mesure de faire résonner toutes ces composantes avec des idées musicales. Ensuite pour dépasser cette imprégnation et ajouter de la profondeur, et si possible un autre niveau de lecture. Ça se passe donc en 2 phases, la préparation avant réception des images et le travail en synchro avec les images.

Idéalement, ma phase de prépa débute dès les dernières versions du scénario, en amont du tournage. Mais bien souvent, les contraintes du métier font qu’on vient me voir juste avant le tournage ou juste après ce qui est le pire. Mais rien n’est insurmontable ! Il y a d’ailleurs d’autres vertus à travailler dans l’urgence même si ce n’est pas ce que je préfère. C’est par exemple ce qui s’est passé avec la série « La Foret » et j’y ai pourtant pris beaucoup de plaisir.

Pour en revenir au déroulé avec lequel je me sens bien : je commence par étudier le scénario et par me faire une idée des personnages ou des idées motrices de la narration. J’en discute ensuite avec le réalisateur pour valider mes impressions ou ouvrir d’autres pistes. Puis je commence à travailler et à compiler des idées mélodiques plus ou moins élaborées. Des thèmes avec leurs contre thèmes, de simples motifs ou même parfois des idées rythmiques nues qui représenteront ou mettrons en valeur les idées fortes du scénario. De là, suivant ma relation avec le réalisateur, j’envoie ces notes soit, prises au piano avec mon téléphone en guise de dictaphone, soit, si on se connait moins, sous forme de maquettes plus avancées qui vont présenter mes premières idées dans un contexte plus étoffé, plus réalisé.

Une fois qu’on a suffisamment d’éléments valides, je passe par une étape de développement avant le montage. Je teste différentes combinaisons d’instrumentations, j’étoffe la palette de développement des thèmes en écrivant des suites, des contres thèmes, pour m’adapter aux parcours émotionnels des personnages… Plus cette période est longue et fructueuse et plus la suite est évidente. Quand arrive le montage, si j’ai eu suffisamment de temps en amont, les monteurs peuvent se servir de mes morceaux de préparation pour les intégrer directement à leur travail. Ça permet de souder les images autour d’idées musicales originales et matures et de sceller la narration image musique très profondément tout en facilitant énormément le travail du montage.

Cela évite aussi qu’on utilise des morceaux temporaires qui viennent d’autres films et que les producteurs, les monteurs, et le réalisateur s’y habituent ! Car ce choix là conduit toujours à ce que l’on demande au compositeur de s’inspirer plus ou moins lourdement de la musique dite « temporaire » et qu’à la fin plus personne ne se souvienne qu’on essaie de créer une oeuvre originale !

Si tout se passe bien durant cette phase, il ne reste plus qu’à déployer le travail de prépa, sur le reste des images. On écrit alors en Synchro avec des montages avancés du film (souvent terminés) et les logiciels avec lesquels on travaille nous permettent d’entendre le résultat de ce que l’on a écrit de manière très réaliste. Pendant cette phase, très stimulante, on découvre d’autres idées qui viennent des images elles mêmes. La voix des acteurs, leurs expressions, leurs mouvements, ceux de la caméra, la lumière, un cadre, un son, une idée de montage : tout cela conduit à transformer nos premières réflexions et à leur donner un nouveau tour.

Cette étape peut être très rébarbative ou factuelle quand on part d’une musique temporaire, puisqu’il n’y a plus rien ou si peu a inventer mais elle est magique quand on démarre d’un matériau original. On resserre les liens entre toutes les sensibilités qui se sont manifestées dans le film jusqu’ici ! Et chaque couleur exprimée appartient à ce film et à aucun autre.

A la fin, si le budget le permet, on va en studio pour enregistrer le résultat de notre écriture à l’image. Malheureusement la culture de l’industrie cinématographique française ne conçoit pas les coûts que cela implique comme une nécessité à relever de la même manière qu’on paie pour avoir des salles de montage, d’étalonnage ou de la lumière sur un plateau et des caméras pour filmer les acteurs. On se retrouve parfois sans budget ou à devoir choisir entre être rémunéré et avoir une musique jouée et enregistrée…

C’est un débat difficile que notre profession doit installer auprès des producteurs et des réalisateurs… Il y a là un enjeu très intéressant pour ces derniers : en misant d’avantage sur la musique ils pourraient donner à leur film une qualité que ceux des autres n’ont pas !

Etienne Forget

3) Que vous apporte le fait de transcrire les films en musique et que pensez-vous leur apporter ?

Pour moi, transcrire les films en musique c’est résonner avec eux. C’est à dire rendre compte musicalement de ce que je ressens à propos du récit et ses acteurs. Il n’y a pas et il ne peut y avoir de transcription au sens littéral. Je crois que l’un des enjeux de cette vie d’auteur (et pourquoi pas de la vie tout court) et d’approfondir notre rapport au monde et d’engager à fond notre subjectivité dans ce processus. C’est la fameuse question « Qui suis je ? » qui se cache derrière cette quête. Le fait de travailler sur des histoires et de résonner avec elles, m’apporte probablement une partie de la réponse à cette question.

J’essaie de réfléchir de cette manière, parce que j’ai remarqué aussi, que c’est ainsi que mes musiques et donc les films avec lesquels je compose reçoivent le plus de bienveillance. Quand j’oublie le métier, l’enjeu, l’industrie, l’argent etc… Si je suis concentré sur moi même, simplement sincère, alors, ma subjectivité, va transparaître et l’humain chez le spectateur va reconnaître un semblable. Il va résonner avec ce semblable à son tour. C’est en tout cas ce que je ressens à l’écoute de mes maîtres. Pour moi, cet acte de communication est l’enjeu qui se cache derrière la forme artistique ; se reconnaître les uns les autres.

En travaillant ainsi, je crois que j’ajoute un potentiel d’empathie au récit, une promesse d’attachement du spectateur. Mais rien n’est total et on ne peut pas plaire à tout le monde…

Aussi il faut parfois savoir réserver cette veine là pour un personnage et/ou une ou deux séquences bien choisies puis travailler à renforcer le récit de manière plus méthodique que sensible. Et puis, une histoire a besoin de variations pour conserver son dynamisme. C’est le pragmatisme de ce métier : Il y a des moments ou l’auteur s’efface au profit d’une articulation nécessaire. Servir le récit reste le seul et unique but.

4) Que signifie pour vous le verbe composer ?

J’y ai pensé parfois et j’étais arrivé à la réduction suivante : « Mettre en rythme des rapports de hauteurs et de timbres dans un récit qui équilibre tension et décontraction » Mais je ne suis vraiment pas satisfait de cette réduction. C’est le problème de ce genre d’exercice. Comment définir en quelques mots quelque chose qui a de si grandes implications ? Et selon quel axe procéder à cette réduction ? Un axe pratique, scientifique, émotionnel, personnel ? Bizarrement, je crois que j’ai essayé d’y répondre suivant un axe plutôt scientifique et ce choix m’interroge maintenant que j’y pense. Pourquoi avoir choisi cet axe plutôt qu’un autre ?

Bref, je ne suis pas sûr de pouvoir vous dire ce que cela signifie pour moi si ce n’est que c’est une aspiration et nécessairement un éternel recommencement, avec une ambition différente à chaque fois. En vérité, c’est probablement juste une façon de poser la question « qui suis je ? » Dont je parlais tout à l’heure. D’autres le font en gravissant des montagnes ou en pilotant des voitures de courses. Le musicien le fait en exerçant son sens de l’interprétation et les compositeurs de musiques de films essaient de donner vie à ce qu’ils voient, vivent et ressentent à un moment t, sur film f, un prétexte p.

5) Quelle musique de film vous a le plus transporté, touché, parlé… et pourquoi ?

Sans être un classement, voilà 13 bande originales marquantes qui me viennent spontanément :

« Vertigo » de Bernard Herrmann
« Mononoke » de Joe Hisaishi
« Gone Girl » de Trent Reznor et Atticus Ross
« Yentl » De Michel Legrand
« Dancer in the dark » de Bjork
« Annihilation » de Ben Salisbury et Geoff Barrow
« Superman » de John Williams
« There will be blood » de Johnny Greenwood
« Solaris » de Cliff Martinez
« Blade Runner » de Vangelis
« Benjamin Button » de Alexandre Desplat
« Interstellar » de Hans Zimmer
« Ghost in the Shell » de Kenji Kawaï

Elles sont toutes très différentes dans leurs approches. Les sensibilités de ces compositeurs sont très variées et l’organisation de leurs discours l’est tout autant. Chacune d’entre elles mériterait des pages de commentaires et d’analyse. Je ne veux pas m’étendre sur l’une plutôt que sur l’autre mais comme j’y ai puisé et continuerai d’y puiser une partie importante de mon inspiration je ne peux que conseiller de les écouter et de voir les films avec lesquels elles sont nées une fois la musique bien assimilée.

Cette expérience de retourner sur le film une fois que l’on connait bien sa musique révèle toute l’importance de cette dernière dans la narration et on découvre les séquences avec un nouveau plaisir fait de courbes nouvelles et d’impatientes anticipations.

6) Quelle est votre actualité, quels sont vos projets ?

J’ai récemment terminé la musique de la saison 2 de « Missions » et celle de la série « Une espèce à part » qui vient d’être nommée aux Jerry Goldsmith Awards 2019. Ce sont 2 projets qui, quoi que de manière différente, s’intéressent à l’écologie et à notre rapport au vivant. Un thème très important à mes yeux.

Côtés projets, j’entame en ce moment l’écriture du premier long métrage de Romain Quirot : « Le Dernier Voyage de Paul W.R. ». Là aussi, l’écologie tient une part importante du discours de fond. La justice sociale aussi. Ensuite, il y aura la saison 3 de « Missions » et d’autres projets de séries en attente de confirmation.

7) Pouvez-vous vous décrire en 3 adjectifs ? Quelle est votre couleur préférée, et pourquoi ?

Déterminé à coup sûr mais je n’en fais pas nécessairement une qualité. Cela m’a conduit parfois à engager toutes mes forces dans des batailles très destructrices pour moi même, mais aussi bien entendu à construire, a tenir bon, notamment dans ce métier où rien n’est donné et où rien n’est acquis.

Un peu cabossé mais « forgé » à cause de cette détermination justement. C’est usant de vouloir gravir une montagne tous les jours !

Lunaire : J’ai été longtemps profondément dans mon univers au milieu des autres, persuadé que tout allait à mon rythme. Cette forme d’inattention a été le génie d’un très grand nombre de quiproquos et en même temps, le revers d’une concentration très intense qui m’a probablement servi de protection. Et puis comme je la nourrissais énormément, c’est avec elle que j’ai pu bâtir ma musique et le reste de mon monde.

Ma couleur préférée est de très loin le bleu. Suivant les époques ça a été différentes teintes de bleu. Actuellement j’adore le bleu Malawi, une sorte de bleu ciel très chaleureux, doux et intense à la fois. C’est un peu le reflet de ce que j’aimerais être, ou de là où j’aimerais me trouver plus souvent.

8) Quelles sont vos autres passions ?

Comme je l’ai dit, j’ai une vie vraiment très simple, ou plutôt très concentrée, parce qu’en vérité, rien n’est simple avec métier ! J’aimerais trouver le temps de faire de l’Aïkido par exemple mais je n’y arrive pas.

J’aime la culture japonaise sans être un parfait samouraï. Je ne bois pas de thé vert… J’aime les Mangas de toutes sortes. J’aime vraiment ça. Certains d’entre eux posent des questions existentielles très sous estimées par notre culture de la consommation et de manière souvent superbement articulées tout en s’adressant à un public très large, souvent jeune. Les auteurs de mangas savent créer un contexte dans lesquels les jeunes se sentent en confiance et de là ils les amènent à se poser des questions qui les élèvent bien au dessus de l’apparente niaiserie que l’on accorderait au genre si on ne le connaissait pas. J’y ai trouvé bien des modèles de communication et des sources d’inspiration très importantes. J’adore la cuisine japonaise également !

Ces dernières années, j’ai découvert le tir à l’arc et je compte y accorder plus de temps. J’aime aussi la poésie et en écris de temps en temps quoi que de plus en plus rarement. J’aime la littérature au sens large. Des choses très classiques, telles que Novalis, Hesse ou Lautréamont, de la SF avec Philippe K Dick ou Asimov, de l’Héroic Fantaisy avec Steven Erikson ou Georges R.R Martin, du fantastique avec Lovecraft ou Damasio qui flirte tour à tour entre la SF, le fantastique et l’analyse sociologique. Un peu de philosophie aussi. Nietzsche a profondément marqué la construction de ma réflexion ou Pascal dans un tout autre genre. Un vrai choc des hémisphères.

J’ai énormément joué à divers jeux vidéo. Stratégie, FPS, RPG, 4X etc… Énormément est un euphémisme d’ailleurs. J’ai nettement moins le temps depuis quelques années mais si je veux souffler un coup, c’est un endroit vers lequel je retourne naturellement. La créativité qui s’y exprime parfois vaut bien celle des métiers du cinéma et de la TV. Et c’est un art bien plus jeune. Le meilleur reste à venir ! J’adorerai travailler un jour dans cet univers.

Et j’aime toujours beaucoup la chanson. J’espère aller au bout de l’écriture d’un album un jour prochain quand j’en aurai le temps et voir si cela me permet de porter mes idées plutôt que celles des films sur lesquels je travaille, pour changer.

9) Quelles valeurs et quels principes vous tiennent à cœur ?

L’honnêteté est très importante pour moi, être franc et direct aussi. Il ne m’est pas toujours évident de distinguer les situations dans lesquelles mêler les 2 et celles dans lesquelles il faudrait prendre un chemin de traverse. On me fait souvent la réflexion d’être trop direct.

Mais on peut être franc et attentionné, attentif à l’autre je crois. Travailler à avoir de l’impact sans être blessant me tient à cœur.

La remise en question est essentielle pour se réinventer, trouver de nouvelles ressources, continuer d’être en mouvement, ne pas se solidifier trop tôt !

Le fait de s’impliquer, de ne pas faire les choses à moitié ou de rester en retrait sur un problème donné. C’est très important pour moi et aussi un peu délicat. Il faut choisir ses combats. On ne peut pas s’impliquer partout. Mais quand je le fais, c’est corps et âme.

La loyauté est une évidence de même que le fait de toujours assumer mes actes. J’ai beaucoup beaucoup de mal à accepter quand d’autres essaient d’échapper aux conséquences de leurs actions ou plus largement à ceux qui tachent de se soustraire à leurs responsabilités. Ce qui nous mène au point suivant :

La justice aussi, terriblement. Notamment la justice sociale. Je suis très en colère à propos de la manière dont notre système fabrique et creuse les inégalités depuis quelques années et la manière dont ce processus accélère malgré les alertes. Des inégalités telles que le simple fait de se nourrir sainement ou même celui de respirer un air sain est devenu un luxe. Comment peut t’on supporter d’en être arrivé là avec la richesse qui circule actuellement ?

La manière dont le mode de vie occidental affecte les populations à la frontière des zones dites développés est aussi très amère à observer. Ou encore la manière dont la planète en souffre ; le sort réservé au vivant dans son ensemble. L’industrie agro alimentaire et ses fermes usines, l’impact de la monoculture, la chimie à outrance, le comportement d’un quidam qui jette un emballage plastique dans une foret, sur une plage, ce que le manque d’éducation y fait, ou parfois le défaitisme etc…

L’anthropocentrisme catastrophique que notre modèle de société ne cesse de valider et d’encourager au mépris de merveilles naturelles incomparables à ce que notre culture de masse produit. La perte des rapports humains au profit de rapport normés autour de la rentabilité, la productivité et le consensuel. Mieux vaut ne pas me lancer sur ces sujets… Je suis souvent frustré de ne pas combattre plus activement la pression morbide que produit l’impérieuse économie.

Un autre exemple : comment une société peut t’elle accepter que l’on investisse des millions de dollars pour étudier les mécanismes psychologiques de l’addiction dans le but de capturer l’attention et l’énergie des utilisateurs de réseaux « dits sociaux » ? Comment un société ne peut t’elle pas s’écoeurer que ce genre de somme ne soit pas plutôt investi pour libérer les futures générations de l’addiction ? Nous faire progresser en neuro science et ouvrir un potentiel de bonheur plus important pour nos enfants ?

Je fais de mon mieux pour être responsable sur ces sujets et ça ne me coûte strictement rien de le faire. Un jour j’ai vu quelqu’un le faire, aujourd’hui quelqu’un d’autre me voit, à commencer par mes enfants. Mais je trouve cela trop peu. Je crois que comme beaucoup d’autres, j’attends l’appel plus large qui nous rassemblera.

Mais voilà, ça me questionne constamment. J’ai parfois le fantasme de lâcher mon métier pour m’investir sur ce terrain et participer à construire cet appel ou au moins de faire de la musique sur ces sujets. J’ai eu récemment la chance de travailler sur des projets qui tiennent compte de ces valeurs avec « Victor Hugo Ennemi d’Etat », « Missions » ou « Une espèce à part ». Ce sera le cas aussi avec le film sur lequel je travaille actuellement. J’ai eu beaucoup de chance jusqu’à présent, j’aimerais que cela continue.

10) Quel est votre coup de cœur du moment, et pourquoi ?

Il y a beaucoup de choses qui me stimulent en ce moment mais si je devais en choisir une ce serait peut être l’écrivain Alain Damasio que j’ai découvert il y a un peu plus d’un an. Son dernier livre « Les furtifs » n’est pas toujours de la même fluidité ni de la même poésie que son chef d’oeuvre « La horde du contre vent » mais ce qu’il interroge sur le devenir de nos sociétés et de notre rapport au vivant, à l’autre, me parait fondamental et exprimé avec beaucoup de lucidité. Son recueil de nouvelles « Aucun souvenir assez solide » est très fort aussi, de même que « La Zone du Dehors » un autre de ses romans.

Il nous faut des combattants de la norme. Toute société en a besoin pour se renouveler, rester vivante en somme. Et lui le fait avec beaucoup d’intelligence humaine. Je l’admire beaucoup.

11) Si vous étiez :

Une saison ? La saison durant laquelle on se retroussera collectivement les manches, en tant que société, pour changer notre rapport au vivant… au moins en faire partie.

Un lieu ? Limoges en 1997.

Une odeur d’enfance ? De la glycine. Souvenir d’une période de ma vie ou je découvrais les filles, la musique, et d’autres plaisirs. Tout était simple, prometteur et tranquille.

Un objet ? Une guitare ça me plait bien comme idée. On se fait gratter, trimballer, on chante. On peut aussi finir dans un grenier. Mais généralement, un ado nous trouve et démarre un long voyage grâce à nous.

Une gourmandise ? Surtout pas une seule !

12) Quelle question avez-vous envie de poser aux lecteurs/lectrices de Aquimieuxmieux.com ?

Votre meilleure recette de ramens ?


Maud Ménès

Interview réalisée par Maud Ménès

Fondatrice – Présidente de Aquimieuxmieux.com

Directrice de la publication – Rédactrice Web – Communication – Consulting – Coaching – Révélatrice de vos talents


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