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interview de Hissein Mahamoud chef pâtissier

Hissein Mahamoud

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Interview de Hissein Mahamoud

Chef Pâtissier

La simplicité du cœur et l’exprimer dans un tourbillon de bonheur en réalisant des pâtisseries, des gâteaux, des créations exigeantes aux notes d’ailleurs, aux sonorités Africaines, aux souffles du Tchad : le Chef Pâtissier Hissein Mahamoud s’affirme dans des nuances de crème fouettée, de parfums décuplés, des nuages de sucre, des saveurs vanillées, chocolatées, fruitées, des mélanges audacieux de la douceur fondante, et du fondant mousseux.

Une joie de partager, de cuisiner, efficace et radieuse, sans cesse renouvelée et cette volonté de s’ancrer ici, de faire évoluer la Gastronomie ; en quête de perfection, de réalisation avec ce sourire permanent, lumineux et rayonnant qui rend les desserts, les goûters heureux, enjoués, émouvants et précieux.

Cet homme laisse circuler l’envie pour rendre l’instant gourmand, unique, ludique et magique ; il incarne naturellement le moment dégustation : doux et fort, intense et crémeux, fleuri et parfumé, simple et inattendu, calme et suspendu

Hissein Mahamoud c’est un dessin de Christian Lacroix, c’est un bel oranger du Mexique, c’est un kéleli, c’est une eau de source qui scintille au soleil, qui fait circuler l’air et l’oxygène aux reflets bleus, verts et argentés, blancs et dorés, c’est une méridienne au tissu de velours dans des tonalités corail, c’est un signe gravé sur la pierre confié seulement à certain depuis des millénaires, c’est un narcisse des poètes élégants et d’une pureté impériale, c’est un oryx au regard doux et bienveillant, c’est s’asseoir sur le sable pour laisser le vent murmurer des espoirs à l’océan…

Je vous laisse vous imprégner des réponses de Hissein Mahamoud…

Hissein Mahamoud chef pâtissier

Je m’appelle Hissein né le 2 janvier 1984 à Faya-Largeau au Tchad. Je suis un africain saharien, nomade sédentarisé. Dans le nord du Tchad coexistent plusieurs ethnies ; j’appartiens à l’ethnie Gourane *, (précisément kamaya). Depuis plusieurs générations, nous sommes cultivateurs en particulier dans des exploitations de palmiers dattiers. Je suis né dans une famille nombreuse ; mon père avait 3 femmes dont ma mère qui a eu 8 enfants ; mais j’ai 11 frères et sœurs si on compte les enfants des autres épouses. Nous serions plus nombreux mais d’autres encore n’ont pas vécu.

* les Gourane sont une ethnie du peuple tchadien qui vit dans le désert au nord du Tchad.

J’ai eu une enfance dure ou heureuse… je ne sais pas vraiment.

Mon père nous réveillait très tôt le matin pour aller au jardin où il cultivait les dattiers, et aussi des fruits et des plantes maraîchères : il voulait que nous l’aidions ; il fallait arroser, désherber et cueillir les fruits ou les légumes qui étaient prêts à être vendus. Ma mère arrivait un peu plus tard pour prendre les paniers et aller vendre au marché de la ville ce que nous avions ramassé. Nous devions faire tout cela avant d’aller à l’école.
L’école commençait à 8H ; après avoir travaillé au jardin, nous partions à l’école à pied ; l’école se trouvait à environ un kilomètre. Quelquefois nous arrivions en retard et le maître nous fouettait. Là-bas on ne nous gronde pas, on nous fouette.

Je n’aimais pas beaucoup aller au jardin. Je préférais vraiment aller à l’école. J’aimais apprendre, j’aimais l’ambiance de l’école, j’aimais jouer avec mes camarades. J’adorais l’heure de la récréation, nous allions avec mes camarades acheter des friandises, des cacahuètes salées, des œufs durs et des beignets ou des concombres trempés dans de la sauce à l’arachide.

Depuis tout petit, j’ai été attiré par la cuisine ; quand ma mère ou ma grande sœur préparait le pain, j’avais envie de lui donner un coup de main, je voulais tenir la bassine dans laquelle elle pétrissait la pâte. Quand ma mère cuisinait, j’adorais rester debout devant la porte à la regarder, à observer les gestes qu’elle faisait, à sentir les odeurs et aussi à goûter ; mais elle me chassait ; elle disait : « dégage d’ici. Ce n’est pas pour toi. » Dans mon pays, seules les filles sont autorisées à préparer les repas. Les garçons ne se mêlent pas de ça. Ils ne sont généralement pas admis à entrer dans la cuisine. Par exemple, quand les plats sont prêts, nous devons demander aux femmes d’aller les chercher.

Au Tchad la tradition veut que ce soient les femmes qui fassent la cuisine : ce domaine leur est réservé.

Depuis tout petit, je sentais que je voulais cuisiner. Adolescent j’ai fugué pour aller étudier à la capitale N’Djamena. Là, j’ai vécu chez mon cousin et sa famille jusqu’à mon Baccalauréat. Je ne pouvais pas davantage cuisiner à la maison, aider ma cousine et les filles de la maison dans la cuisine. Mais, les week-ends, nous partions avec mon cousin, ses amis et ses fils à la campagne, uniquement les hommes et les garçons, dans un grand jardin qui appartenait à mon cousin ; nous partions pour la journée et là, en plein air, je m’autorisais à faire la cuisine pour tout le monde sur un feu de bois. Et personne ne trouvait rien à redire. Je m’éclatais : je préparais des pâtes à la sauce avec des légumes, ou bien du riz, de la viande avec de la patate douce etc…

C’est alors que j’ai pris conscience que c’est ça que je voulais faire comme métier.

J’ai passé mon bac en 2006. Je suis ensuite allé en Algérie. A la cité universitaire, j’ai pris l’habitude de cuisiner pour mes camarades étudiants.

Puis, je suis venu en France et tout de suite j’ai cherché à m’inscrire dans une école de cuisine. J’ai réussi à en trouver une à Montpellier et dès les premiers jours, je me suis rendu compte que j’étais dans mon monde. J’ai réussi mon CAP de cuisinier très facilement. Tout était simple pour moi dès que j’arrivais dans la cuisine. J’éprouvais beaucoup de plaisir à travailler ; j’ai appris très vite ; on m’a proposé des stages. Ces périodes dans des restaurants me plaisaient beaucoup. Je me rendais compte que le métier me plaisait.

Tout de suite après mon CAP, j’ai été embauché et depuis le premier jour j’ai aimé le travail en cuisine, l’ambiance, le coup de feu au moment du service, la découverte de nouvelles recettes, toutes sortes d’expériences. Tout ce qui touche à la cuisine me plaît et particulièrement la pâtisserie. J’ai appris dans le cadre de la cuisine professionnelle ou bien à domicile à réaliser toutes sortes de pâtisseries, entremets, desserts etc… je suis devenu un pâtissier, d’ailleurs j’ai passé le diplôme de pâtissier et je me suis spécialisé en pâtisserie.

Chaque jour de travail est un jour de joie pour moi parce que j’ai le sentiment très clair de m’épanouir dans mon activité professionnelle. J’habite à Paris, je n’ai pas de boutique, mais je rêve d’en avoir une ; ceci peut être un appel à investisseur ou éventuel associé : en attendant je travaille aussi en free-lance. Ainsi je réalise toutes sortes de gâteaux et entremets, desserts variés, et je reçois des commandes, j’anime des formations en pâtisserie… tout cela constitue ma démarche professionnelle.

1) Qui, quoi, comment t’a donné envie de travailler dans le monde culinaire ?

Au Tchad le domaine de la cuisine est réservé aux femmes et dans ma société, pas question pour un homme de se mêler de cuisine. Je pense que ce fait de société a été le facteur principal de mon attirance pour la cuisine. Pour répondre à la question du comment, je souhaite rapporter une expérience. Quand je suis devenu adolescent j’ai fugué de Faya ma ville de naissance pour me rendre à N’Djamena la capitale parce que je voulais échapper à la pression familiale et environnementale (société très conservatrice, isolée dans le désert). J’ai vécu plusieurs années chez un cousin et durant les week-ends il était fréquent de partir à la campagne uniquement entre hommes. A ces moments il était considéré comme naturel que je puisse cuisiner pour nous puisqu’il n’y avait pas de femme ; ces expériences culinaires ont été le révélateur de mon goût pour la cuisine.

triptyque de gâteaux du chef pâtissier Hissein Mahamoud

2) Que souhaites-tu transmettre à travers ta cuisine ?

Je souhaite transmettre l’idée que les hommes de ma culture, d’origine Gourane ou autre, puissent faire le métier qu’ils désirent et donc aussi la cuisine.

J’aimerais aussi transmettre l’idée que le Tchad peut ne pas seulement être un pays de conflits et de guerriers, mais aussi celui d’hommes et de femmes qui peuvent se réaliser par des savoirs faire aussi pacifiques que la cuisine et la pâtisserie.

Il me tient à cœur de faire connaître ma cuisine et ma pâtisserie à des tchadiens et d’autres africains vivant dans leurs pays ou en France et pour cela j’utilise principalement les réseaux sociaux qui permettent une interrelation avec beaucoup de personnes qui commentent mes présentations, me félicitent et m’encouragent.

duo de gâteaux du chef pâtissier Hissein Mahamoud

3) Où puises-tu ton inspiration ?

Je plonge d’abord dans les souvenirs culinaires de mon enfance et je me souviens des goûts, et je tente de les retrouver dans mes compositions en intégrant des saveurs, des épices, des parfums, des produits du terroir tchadien dans des recettes contemporaines qui permettent une fusion des deux cultures.

gâteau du chef pâtissier Hissein Mahamoud

4) Quel sens est il primordial de mettre en exergue ?

Pour moi en premier viennent le goût et la vue.

gâteau du chef pâtissier Hissein Mahamoud

5) Quels produits préfères-tu préparer ? Celui ou ceux qui a/ont ton coup de cœur absolu ?

En premier, je préfère la pâtisserie et principalement la réalisation du Paris-N’Djamena, qui est un Paris-Brest revisité, introduisant une farine et une amande différentes qu’on trouve en Afrique. C’est mon coup de cœur.

gâteau Paris N'Djamena du chef pâtissier Hissein Mahamoud

6) Es tu entrée, plat ou dessert ? Salé ou sucré ?

Je suis irrémédiablement Dessert et Sucré.

duo de gâteaux du chef pâtissier Hissein Mahamoud

7) Quelles associations gustatives t’ont le plus surpris ?

Ce qui m’a le plus surpris au début de ma vie en France, c’est l’utilisation du fromage au repas et en particulier son odeur !!! Une autre chose a été pour moi surprenante, c’est l’utilisation du cru dans l’assiette, un poisson ou une viande.

8) Peux-tu te décrire en 3 adjectifs ? Quelle est ta couleur préférée, et pourquoi ?

Les trois adjectifs : simple, sympa et sociable.

Ma couleur préférée est le blanc. Je suis d’instinct attiré par le blanc.

le chef pâtissier Hissein Mahamoud dans sa cuisine

9) Quelles sont tes autres passions ?

Mes autres passions sont le cinéma, la musique, les voyages…

10) Qu’est-ce-que la culture française t’apporte et que penses-tu lui apporter toi qui es né au Tchad ?

La culture Française m’a apporté une deuxième éducation. Elle a ouvert des portes dans ma tête : je ne pense plus comme un Africain en Afrique. La culture Française a ouvert mon esprit : compréhension, tolérance, non jugement des autres. La culture Française m’a fait aimer l’histoire, l’architecture, les musées, le théâtre…

le chef pâtissier Hissein Mahamoud dans sa cuisine qui mange un gâteau

Je pense apporter à la culture Française ma différence en tant que Tchadien, mon mode de vie : cuisine, façon d’être, ma forme de tolérance, ma vision des choses. Il me semble également que j’offre le métissage dans ma façon d’être comme dans ma cuisine ou ma pâtisserie.

11) Si tu étais :

Un lieu ? Je serai le désert de Faya-Largeau parce que nous les Gourane, sommes les fruits du désert, nous lui appartenons, et de ce fait nous ne craignons ni la chaleur ni le vent.

Un objet ? Je serais un Badangaï : outil tranchant servant principalement aux travaux extérieurs et si répandu dans le nord du Tchad qu’on le trouve dans chaque maison.

Une musique ? Ce serait une musique zen, parce que je suis de nature calme.

Un animal ? Je serais un dromadaire parce que je suis un bon bosseur et parce que je suis fort et résistant.

Un livre ? Je serais un livre de recettes de Pâtisserie parce que c’est l’activité de Pâtisserie que je préfère. Je me considère comme un créateur en Pâtisserie et j’achète des livres de Pâtisserie ; j’en possède un certain nombre et si je devais être un livre, je serais l’un d’entre eux !

triptyque de gâteaux du chef pâtissier Hissein Mahamoud

12) Quelles questions as-tu envie de poser aux lecteurs/lectrices de Aquimieuxmieux.com ?

Aimeriez-vous me connaître ? Aimeriez-vous goûter ma pâtisserie ? Quel est votre gâteau préféré ? Je suis sûrement capable de le réaliser en y ajoutant ma touche personnelle.

Hissein Mahamoud chef pâtissier qui tient un gâteau

Maud Ménès

Interview réalisée par Maud Ménès

Fondatrice – Présidente de Aquimieuxmieux.com

Directrice de la publication – Rédactrice Web – Journaliste – Consultante – Révélatrice de vos talents – Membre des Toques Françaises – Élue Gastronome de l’année 2020 par Les Toques Françaises


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