Interview de Anne-Sophie Versluysen

Restauratrice d’œuvres d’art


L’art et la manière, l’or et la matière, Anne-Sophie Versluysen maîtrise la restauration d’art dans une gestuelle impliquée et appliquée, l’esprit rejoint le manuel, et fait corps avec la mise en valeur d’une splendeur retrouvée.

Avec amour, minutie et patience, redorer l’âme, restituer l’essence d’une œuvre surannée, qui renait à elle même, qui resplendit aujourd’hui vers de meilleurs lendemain.

L’effet vers sens et l’effervescence d’un passé qui émerge pour devenir symbiose avec le futur, faire valoir, souligner, rehausser… l’éclat dans la lumière et la lumière de l’éclat.

Un patrimoine familial, un tableau oublié, Anne-Sophie Versluysen professionnelle accomplie fait émerger l’osmose retrouvée, le reflet de l’art, la beauté d’un cadre, d’une toile, tisse un lien secret, ouvrage le souffle hiératique et laisse une trace qui se tresse dans le temps grâce aux gestes d’antan.

Femme sincère et loyale à ses valeurs, femme d’expression et d’exception proche de la nature dont la partition de vie est une composition mêlant finesse, intelligence, concentration et générosité.

Anne-Sophie Versluysen est un joyau inestimable aux innombrables facettes, mélange d’harmonie et de lumière, d’authenticité et de probité, de joie et de souffle divin.

Anne-Sophie Versluysen c’est un éventail japonais noir, cuivre et pourpre dont la profondeur invite la beauté à faire circuler l’air, c’est un bouquet de fleurs séchées posé sur une console d’entrée d’une grande demeure dont l’atmosphère accentue la délicatesse des hortensias, des roses et des hellébores, c’est le chiffre 8 tobogan émotionnel qui scrute l’infini pour en faire une chance, c’est la rosée matinale parcourant la campagne romantique et mystérieuse qui dessine des toiles, c’est « La Symphonie du Nouveau Monde » du compositeur Antonin Dvorak, c’est une volonté de faire bien et de bien faire afin de laisser une trace indéfectible, c’est un foulard Hermès « Les folies du ciel » envolée pétulante, arabesque pétillante d’un voyage idéal…


Anne-Sophie Versluysen

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Anne-Sophie, j’ai 35 ans j’exerce la restauration d’œuvres d’art depuis 15 ans. Jai été formée à l’Atelier du Temps Passé pour la restauration de peintures de chevalets et à l’Atelier Jacques Goujon pour la restauration de bois dorés et polychromes.

Mon atelier est situé à Saint-Ouen, il m’arrive de me déplacer dans toute la France. Je travaille pour des particuliers, collectionneurs, galeries, Maisons de ventes, monuments historiques, professionnels du monde de l’art et je suis sous-traitante de plusieurs ateliers parisiens.

Qui, quoi, comment vous a donné envie de devenir restauratrice d’art ?

J’ai grandi au milieu des antiquités, mon grand-père paternel, était mélomane, passionné d’art et d’histoire, il y avait dans la maison familiale beaucoup de livres d’art, sculptures et tableaux anciens. Il aimait m’emmener au château de Rambouillet et à Versailles plus particulièrement à Trianon et au Hameau de la Reine. Suite à une visite je me souviens qu’il m’avait offert un livre de sa collection, j’adorais le lire, le feuilleter, j’avais une véritable admiration pour les peintures et collections de mobiliers.

En parallèle mes parents, m’emmenaient régulièrement visiter les châteaux de la Loire, nous passions des après-midis entiers en salle des ventes, tous ces objets qui défilaient me fascinaient. Dès mon plus jeune âge, j’ai commencé à dessiner, ma mère qui était très créative m’apprenait à dessiner, dès qu’elle repérait un concours elle m’y inscrivait, j’en ai gagné plusieurs. A l’âge de 15 ans je me suis inscrite à un cours de peinture et dessin académique, j’ai tout de suite su que je n’étais pas faite pour la création, j’aimais l’académisme, copier et comprendre les techniques des peintres. Mon goût pour l’histoire, l’art, le travail manuel et les antiquités m’a conduit à la restauration d’œuvres d’art.

Que signifie pour vous le mot restaurer ?

Restaurer c’est réparer, entretenir et conserver. C’est prendre soin d’une œuvre qui est le témoignage d’une époque, d’une création, de la faire renaître et durer pour les générations à venir.

Quelles qualités significatives sont d’après vous requises afin d’exercer ce métier ?

Il faut une habilité manuelle, être passionné de techniques, d’histoire de l’art et des styles. Le restaurateur ne crée pas, il répare, il faut être patient car c’est un métier qui s’apprend sur le long terme. Il faut également aimer la transmission, l’échange, le contact avec la clientèle et avoir le sens du commerce.

Comment le fait de restaurer des œuvres vous construit-il, et que pensez-vous apporter au monde de la restauration d’art ?

Chaque œuvre est unique et chaque restauration me pousse à m’adapter afin de trouver la meilleure proposition de traitement. Je suis en perpétuelle recherche, celle qui vise à respecter l’œuvre pour la conserver sans vouloir retrouver sa jeunesse originale.

J’ai eu la chance d’apprendre la restauration de bois dorés à l’Atelier Jacques Goujon, j’y ai appris un savoir-faire exceptionnel qui malheureusement disparait et que j’espère transmettre un jour.

La méthodologie de restauration est-elle toujours identique depuis la nuit des temps, ou au contraire, a t-elle beaucoup évolué avec les nouvelles technologies ?  Que privilégiez-vous comme technique ?

J’ai appris deux métiers qui se complètent mais dotés d’une déontologie très différente. La restauration de tableaux évolue très vite et fait appel à des méthodes et techniques scientifiques. Des méthodes disparaissent pour laisser place à des techniques toujours plus stables, plus réversibles et innovantes. Il est donc essentiel de suivre des stages, colloques, afin de se mettre à jour sur les nouvelles méthodes de restaurations.

Nous avons à notre disposition un certain nombre de dispositifs d’introspections scientifiques, les prises de vues UV, Infra-rouges, rayons x ou encore les microscopes. J’ai la chance de posséder une table chauffante basse pression dont j’aurais du mal à me passer pour certaines opérations qui sont bien mieux contrôlées qu’au fer à repasser.

La restauration de bois dorés est un métier de tradition, qui en revanche n’a presque pas évolué. J’ai appris chez J.Goujon selon les techniques de Jean Felix Watin, peintre et doreur de Louis XVI. Mis à part l’utilisation des solvants qui nous servent à décaper, la majorité des matériaux utilisés sont naturels et très anciens.

C’est un métier qui s’apprend sur « le tas », en apprentissage en passant dans un bon atelier. Il faut plusieurs années avant de faire le tour de des époques, styles d‘ornementations, de cadres, de mobiliers et objets. Il faut voir et comparer énormément d’objets afin de distinguer si ce sont des copies d’époques, récentes ou des originaux.

Bien qu’il existe maintenant des produits prêts à l’emploi, à l’atelier nous fabriquons toujours notre assiette à dorer, jaune de fond, jaune de côté ou encore les cires dorées. L’utilisation de ces préparations maisons entrainent parfois des difficultés techniques mais le résultat fait toute la différence. Peu d’ateliers travaillent encore de manière aussi traditionnelle.

Je n’ai pas de préférences, j’essaie d’adapter les techniques les plus appropriées à l’œuvre à restaurer.

Diriez-vous que votre parcours professionnel complète votre parcours personnel, s’agit-il d’un cercle vertueux ?

Absolument, il parait que les restaurateurs réparent aussi un peu leur vie ! C’est un métier plutôt contemplatif qui tend à aller vers la méditation.

Où et comment puisez-vous votre équilibre ?

Je puise mon équilibre dans mon métier mais aussi dans la pratique d’un instrument, l’orgue. Mes passions me guident, je ne sais pas faire les choses à moitié.

Pouvez-vous vous décrire en 3 adjectifs ?  Quelle est votre couleur préférée, et pourquoi ?

Passionnée, exigeante et déterminée.

Le orange, c’est la couleur issue du mélange du rouge et du jaune, je la trouve chaleureuse et joyeuse.

Quelles autres passions animent votre existence ?

Comme je le disais plus haut, j’étudie l’orgue au conservatoire, j’aime la musique classique depuis mon plus jeune âge et j’ai toujours voulu apprendre à jouer d’un instrument. Pourquoi l’orgue ? J’aimais le piano, les instruments à vent et l’orgue s’est imposé comme une synthèse parfaite !

La nature et le contact des animaux ont aussi une part très importante, les chevaux ont fait partie de ma vie pendant plus de 20 ans. J’aime le tourisme, les arts de la table et la gastronomie.

Quelles valeurs et quels principes sont pour vous primordiaux ?

La loyauté et la liberté.

Quel est votre coup de cœur du moment, et pourquoi ?

Passionnée de décoration et mobilier design mon coup de coeur du moment va à mon dernier achat : une paire d’appliques « tubulaires » du designer Alain Richard pour Disderot en 1967. J’aime leur style industriel, épuré et leur couleur orange !

Si vous étiez…

Un objet ?

Un violoncelle.

Une playlist de 5 chansons ?

Trio élégiaque N.1 in G minor, Rachmaninov

Oblivion, Astor Piazzola

Shine on you crazy diamond, Pink Floyd

Hot Stuff, Donna summer

Trousse chemise, Charles Aznavour

Un monument ?

La Sainte Chapelle

Une citation ?

Se vouloir libre, c’est vouloir les autres libres

Simone de Beauvoir

Un personnage de bd ?

Cat Woman

Que vous inspire la thématique 2020/2021 de Aquimieuxmieux.com : « réagir et rebondir » ?

C’est une thématique dans l’ère du temps mais aussi au cœur de ma vie ! Je dirais qu’il faut toujours garder espoir et ne rien lâcher malgré les obstacles !

Vous organisez un dîner avec 6 personnalités : dans quel lieu, qui est autour de la table, et quel serait le menu ?

A la villa Sénar, Giacomo Casanova, Salvador Dali, Karl Lagerfeld, Simone de Beauvoir, Stephane Bern et Jean-Paul Gaultier autour d’un menu gastronomique en 5 plats, accords des mets et vins.

Quelle question avez-vous envie de poser, et à qui ?

Je donne ma langue au chat !


www.atelierdelecluse.com

Anne-Sophie Versluysen – Atelier de l’Écluse


Maud Ménès

Interview réalisée par Maud Ménès

Co-Fondatrice – Présidente de Aquimieuxmieux.com

Directrice de la publication – Rédactrice Web – Communication – Consulting – Coaching – Révélatrice de vos talents



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