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Interview de Nathalie Richard – Efficius : Photographe

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Interview de Nathalie Richard – Efficius

Photographe de plateau

Se fixer un objectif et s’y tenir, en étant derrière celui-ci, mise en scène, plateaux, se tourner vers, s’ouvrir à l’autre et capter, surprendre, repérer l’avant, l’après, le fugace, l’impalpable…

Nathalie Richard est photographe de plateau, elle décèle l’invisible, elle sacralise l’intact, elle immortalise des scènes sur la scène, elle vise et voit à travers la loupe de son appareil des détails, des attitudes, des regards.

Cette jeune femme interprète à sa manière le film avant sa construction, un décor, un accord, et savoir s’effacer afin de faire ressortir l’intensité, la concentration, la répétition.

Professionnelle douée et lumineuse, Nathalie Richard promène son appareil avec finesse et intelligence, en sublimant la rencontre en tous lieux, et en privilégiant l’ocre de la lumière, le sublime qui offre ses rayons, comédiens, acteurs, cadreurs, réalisateurs, dans l’éclat de son attention et de sa précision rythmée, dans un bruit fugace, une maîtrise parfaite, une profondeur de champ calculée, elle excelle avec l’art et la manière dans une perspicacité et une efficience effective.

Nathalie Richard c’est une aubépine resplendissante et délicate, pimpante et qui poudre la campagne de ses jolis pétales, c’est une vue plongeante sur la mer du haut d’un phare bercé par le chant des mouettes rieuses et des goélands, c’est le tableau “Les archers” de Joshua Reynolds, c’est un bracelet de cuir et de graines naturels savamment travaillé, c’est un lâcher de ballons aux couleurs vives et pastel sur lesquels sont écrits de nombreux rêves à vivre, c’est une partie de siam qui mêle réflexions et patience, c’est la passerelle des quatre vents où l’on promène sa boussole, c’est le poème “Le jardin et la maison” de La Comtesse Anna de Noailles…

photo de la photographe de plateau Nathalie Richard Efficius

Je m’appelle Nathalie Richard (on me connaît davantage sous le nom d’Efficius) et je suis photographe de plateau.

Comme il est important que les gens aient un nom à retenir et que celui de Nathalie Richard est un nom que beaucoup de personnes portent, j’ai choisi de me nommer Efficius pour que ce soit plus facile de me trouver en plus de mon nom.

Efficius vient d’un mot latin « efficio » qui signifie « accomplir, achever une oeuvre ». Je ne savais pas au moment où je l’ai créé, c’est pourquoi cette déclinaison n’existe pas. J’écrivais beaucoup plus jeune et ai un jour nommé un coffre dans l’une de mes histoires « Efficius ». J’adorais les noms rares ou inventer de nouveaux noms et celui-ci m’est resté. C’est à ce jour l’histoire à laquelle je me suis le plus consacrée et comme l’écriture était ma première passion, j’ai tenu à lui rendre hommage en reprenant ce nom. J’ai de suite trouvé que sa signification avait un sens par rapport à ce que j’essaie d’entreprendre.

Qui, quoi, comment t’a donné envie de devenir photographe de plateau ?

Toute petite, je me souviens de deux œuvres qui m’ont marqué à jamais : le film La Belle et la Bête de 1991 et l’oeuvre de J.K Rowling, Harry Potter. Ces œuvres ont été le début de tout : mon Amour pour la création, mon inspiration, ce qui m’a appris l’émerveillement, la curiosité, la soif de découverte, mes sensibilités. Dès que j’ai découvert ces deux œuvres, j’ai eu le sentiment de me connaître. (Il y en a eu d’autres par la suite qui ont été décisives : le film Gladiator de Ridley Scott, Cloclo de Florent Emilio Siri, Interstellar de Christopher Nolan, Lolita d’Adrian Lyne, Mad Max : Fury Road de George Miller…)

La photographie n’était pas encore ma passion à 24 ans. Un jour, un ami m’a forcé à aller assister à un shooting photo avec un photographe nommé Sébastien Roignant. Il devait photographier des steampunks. Je ne connaissais pas les personnes, ni même ce courant. Dès mon arrivée sur le shooting, ça a été le commencement. Voir les costumes, la mise en scène, et les personnes m’ont de suite donné envie d’aller plus loin. J’avais là mon premier coup de cœur artistique pour une personne (je dis coup de cœur car c’est important pour la suite dans mon travail) : l’un des steampunks. J’ai donc appris la photographie pour pouvoir le photographier. Dès lors, j’ai commencé les shootings et me suis de suite dirigée vers des shootings « chorégraphiés », c’est-à-dire qu’on créait une histoire à travers les photographies qu’on obtenait avec mes modèles.

Puis un jour, j’ai eu l’occasion d’être photographe de plateau (je dois beaucoup à Timothée Hochet, c’est la première personne à m’avoir fait confiance): le cinéma avait toujours été ma passion mais on ne m’a jamais laissé l’opportunité de faire des études dans ce domaine (et par la suite mon âge, les financements et d’autres aléas de la vie ne m’ont pas permis de me rattraper pour le moment), donc ce métier était pour ainsi dire à ma portée, une évidence pour pouvoir intégrer les plateaux. Les projets se sont ensuite enchaînés, notamment des films historiques : mon amour pour la photographie de plateau était né.

Enfin, qui m’a donné envie de devenir photographe de plateau : le comédien Ewan McGregor, de par l’ensemble de son œuvre et sa polyvalence dans chaque projet qu’il entreprend. C’est ma véritable source d’inspiration.

Nathalie Richard Efficius photographe de plateau

Quelle est ta définition du mot photographier ?

Il est très difficile de répondre à cette question, car je pense qu’il y a autant de définitions du mot photographier que de photographes. Ma définition à moi serait de retranscrire ce que je ressens, et non ce que je vois. Dans la société dans laquelle on vit et avec les nouvelles avancées technologiques, je pense que la seule manière de se différencier les uns des autres est de faire ressortir notre sensibilité, de montrer ce qui nous touche, ce qu’on trouve beau. Et ce serait aussi illustrer un souvenir, car je pense que c’est le principe d’une photographie : dire qu’on y était. Peut-être que personne n’aura été témoin, mais la photo est une preuve que cet instant a existé.

La Chambre Noire de Morgane Segaert photographe Nathalie Richard Efficius
La Chambre Noire réalisé par Morgane Segaert

Quel est ton domaine de prédilection dans la photographie, et pourquoi ?

Je répondrais sans hésiter la photographie de plateau que je me permets de comparer à la photographie-reportage, notamment pour les films historiques, et enfin encore plus spécifiquement pour les films de guerre. Je suis passionnée par la photographie d’un film (on appelle la photographie d’un film tout ce qui touche à l’image : la lumière, le cadre, le ressenti, les décors, bref la cohérence et la beauté de l’image). L’un des métiers que je trouve le plus extraordinaire est directeur de la photographie. J’éprouve une immense admiration pour ces gens et suis extrêmement sensible à ce qui peut être montré ou dissimulé sur un plateau par la lumière. Et pourquoi les films de guerre, parce que je pense qu’il est important de montrer des bribes de l’histoire et plus l’instant est fort et violent, plus on a du mérite j’imagine à réussir à obtenir l’impensable.

Que t’apporte le fait de photographier, et comment cela te construit-il ?

Tout. Quand je suis sur un plateau, j’oublie tout : plus rien n’existe hormis ce qu’on est en train de vivre. C’est le seul moment où j’ai l’esprit vide (de toute inquiétude ou même de toute pensée). C’est le seul moment où je me laisse simplement submerger par l’émotion et où je peux la travailler, sans tenter de la canaliser. Ce sont des instants bruts, uniques, et qui nous sont ouverts.

Cela passe notamment par la discrétion. Un photographe de plateau doit se faire totalement oublier sur un plateau. Il ne doit pas empiéter sur le travail de chaque corps de métier, c’est un témoin invisible et silencieux de ce qu’on lui donne à voir. Il faut savoir se déplacer en mode ninja pour pouvoir donner le meilleur de nous-mêmes, voire parfois se contorsionner dans les endroits les plus improbables : on ne doit ni nous entendre ni nous voir. Lorsque la personne que j’ai immortalisée me dit qu’elle n’avait même pas vu que j’étais à ces côtés à ce moment-là, je sais que j’ai fait du bon travail et que j’ai obtenu quelque-chose de très personnel.

J’aime être au plus proche de l’action, ça me donne le sentiment de vivre la scène, comme dans un rêve. J’ai la sensation de pouvoir alors presque toucher l’âme des personnages. Je parlais de coup de cœur tout à l’heure, c’est ainsi que la photographie de plateau me construit : je dis souvent que j’ai besoin de tomber amoureuse de ce que je photographie pour pouvoir réussir mon travail, et ce n’est pas bien loin de la vérité. J’ai par exemple une sorte de muse sur chaque plateau, que ce soit un technicien ou un comédien. Je pense que la photographie est l’ouverture à notre âme, à ce qu’on ressent face à quelqu’un ou quelque-chose. J’aime à croire que je rends hommage à une œuvre et que grâce à ce que je montre, on aura envie de découvrir le travail de toute une équipe.

La photographie de plateau me permet aussi d’accepter plus facilement l’imprévu et de se laisser surprendre : on ne sait jamais ce que l’on va obtenir, et c’est ce qui me plaît. Et il faut de la force également pour accepter qu’on obtiendra pas forcément ce qu’on veut, on ne peut pas tout contrôler. La photographie de plateau est un travail d’adaptation : on nous donne des outils, à nous de nous en servir.

Qu’est-ce que le monde du cinéma et du théâtre t’inspirent, et que penses-tu du monde artistique ?

Un immense pouvoir d’expression. Si on a quelque-chose à dire, alors je pense que rien n’est plus percutant qu’une histoire et la manière dont elle est racontée.

Concernant le monde artistique, j’éprouve à la fois une immense admiration et une profonde méfiance. On ne cesse de nous répéter qu’il faut faire la différence car nous sommes trop nombreux. J’entends même parfois certaines personnes dire qu’il faut écraser les autres pour y arriver. Je ne suis pas d’accord et n’en retirerai pas de quelconque fierté si je réussissais de cette manière.

Nous sommes nombreux à tenter de faire pencher cette opinion, et faire bouger les choses. Je trouve cette philosophie pas du tout pertinente étant donné qu’il y a autant de sensibilités que de professionnels : un producteur va choisir un technicien ou comédien certes peut-être en fonction de ses connaissances en commun et de sa réputation, mais j’aime à croire qu’on est choisi avant tout par coup de cœur, parce qu’une sensibilité en a touché une autre. Chaque photographe a une vision et un travail différent, donc la concurrence n’a pas lieu d’être.

Pour conclure, je ne peux pas vraiment te répondre de manière précise à cette question : j’ai encore une vision trop naïve de ce milieu et même si j’y travaille depuis 7 ans, il y a tellement de sphères à rencontrer que je ne peux me permettre d’en tirer des conclusions pour le moment. Idem pour le monde du théâtre : étonnamment je connais peu ce domaine bien que ça m’intéresserait beaucoup d’y travailler.

Quelle est ton actualité, quels sont tes projets ?

En avril, nous allons terminer un projet que nous avons commencé depuis déjà quelques années, le film THE HOUSE OF GAUNT, réalisé par Joris Faucon Grimaud. C’est un projet qui me tient particulièrement à cœur puisque ça parle des origines de Lord Voldemort (interprété par le grand comédien Maxence Danet-Fauvel que je recommande vivement si vous ne le connaissez pas encore).

The house of gaunt réalisé par Joris Faucon Grimaud photographe Nathalie Richard Efficius
The house of gaunt réalisé par Joris Faucon Grimaud

Je continue également de participer à quelques courts-métrages, notamment LAISSEZ LA PEUR DU ROUGE AUX BÊTES A CORNES d’Enzo Ciriani, un giallo qui va être réalisé avec l’Ecole de la Cité. En parallèle, je viens de commencer à travailler également sur un documentaire en production (avec la société Lyonnaise GLOCKHOME) sur un témoignage historique, réalisé par Laura Perrotto et Charlotte Jarrix. Je ne peux en dire plus pour le moment mais ai très hâte de pouvoir en parler, car je pense que ce projet va être démentiel. Et enfin, potentiellement des projets un peu plus gros, mais je ne peux en dire plus pour l’instant car nous attendons que les financements soient validés.

J’ai une micro entreprise donc je travaille aussi dans d’autres domaines que la photographie de plateau, notamment les books pour les comédiens, des shootings pour les groupes de musique, bref tout ce qui peut rester dans le domaine artistique m’intéresse. J’ai quelques mariages de prévus à couvrir (une activité plus rare). J’ai envie aussi de m’essayer à de nouveaux domaines, pourquoi pas la photographie immobilière, institutionnelle, publicitaire, reportage, culinaire, etc.

J’ai à cœur en tous cas de faire bouger les choses dans ma ville de cœur (et natale), Lyon, même si Paris est indispensable à notre métier.

Peux tu te décrire en 3 adjectifs ?  Quelle est ta couleur préférée et pourquoi ?

Timide, têtue, et rêveuse.

Ma couleur préférée est le violet, sûrement parce qu’il y a le mélange du chaud et du froid avec le rouge et le bleu, donc un entredeux. Elle représente l’ambiguïté, et a un côté très mystérieux. Et tout simplement parce que ça me fait du bien de contempler cette couleur, sans explication.

Quelles autres passions animent ton existence ?

Tout ce qui touche à la création : l’écriture, le dessin, la peinture, la musique (je pratique du piano depuis de nombreuses années), même le tricot (à mes heures perdues, donc pas souvent). Je mets l’accent principalement sur l’écriture, car même si je n’ai pas pris le temps d’écrire depuis quelques années, c’est ma passion depuis toute petite et c’est mon évasion, ma raison d’être avec la photographie de plateau : raconter des histoires.

Quelles valeurs et quels principes te tiennent à cœur ?

Le respect, l’entraide, l’humilité et la modestie, la bienveillance et plus largement l’humanité, et le devoir (toujours rechercher de faire ce qui est le plus juste possible et assumer ses choix), et l’émerveillement et la sensibilité. Bien sûr il est évident qu’on ne peut pas avoir l’ensemble de ces valeurs mais je pense qu’il est important de s’efforcer de ne jamais les oublier.

Quel est ton coup de cœur du moment, et pourquoi ?

Le film 1917. Parce que film de guerre, parce que plan séquence, parce que Roger Deakins, parce que Thomas Newman. Parce qu’il ne ressemble en rien à tous les autres films de guerre, parce qu’on ne voit pas la guerre, on la devine. Parce qu’il véhicule je pense de bonnes valeurs. Mais je ne suis pas objective : je ne sais pas si je répondrais pareil si je n’étais pas dans le milieu. En regardant ce film, j’ai imaginé le travail colossal de toutes ces personnes dans l’ombre.

Si tu étais ?

Une saison ?

L’Automne, pour ses couleurs, sa lumière rasante, la mélancolie et le renouveau.

Un super héros ?

Batman, parce que c’est un super héros sans super pouvoir qui essaie de faire au mieux avec son vécu et ses défauts, et puis parce que le noir et les chauves-souris.

Un lieu ?

Ça change constamment. Aujourd’hui, c’est le cimetière du Père Lachaise, parce que je suis fascinée et horrifiée par les statues (peur d’enfance) et parce que c’est un lieu ancré dans le temps. Et plus largement, j’aurais sans doute répondu l’Ecosse si j’y avais déjà été. Et enfin (et je pense que c’est la réponse la plus personnelle) : les lieux des rêves que je fais. Je rêve beaucoup, je fais beaucoup de cauchemars. J’ai appris à les accepter, à les mémoriser, voire à m’en inspirer. Je les écris, je les ressens, et certains lieux reviennent parfois plusieurs fois.

Un objet ?

Une machine à écrire, parce que c’est un symbole

Une playlist de 5 chansons ?

Si on parle musique de film : Love in the Morning d’Ennio Morricone (du film Lolita d’Adrian Lyne), Come back to us de Thomas Newman (du film 1917 de Sam Mendes), A new beginning (du film Minority Report de John Williams), Storm is coming de Junkie XL (du film Mad Max : Fury Road de George Miller) et All boundaries are conventions de Tom Tykwer (du film Cloud Atlas des sœurs Wachowski).

Si on parle musique tout court : Nara de ES Posthumus, Sonera de Thomas Bergersen, Memories du groupe The Midnight, It Wouldn’t have made any difference de Todd Rundgren et Music de John Miles (1976).


Efficius – Nathalie Richard

Photographie de plateau – Portraits



Maud Ménès

Interview réalisée par Maud Ménès

Fondatrice – Présidente de Aquimieuxmieux.com

Directrice de la publication – Rédactrice Web – Communication – Consulting – Coaching – Révélatrice de vos talents


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