Interview de Kalon Sardin

Interview de Kalon Sardin

Dessinatrice – Illustratrice

Kalon Sardin est passagère de la poésie, poète du dessin, illustratrice dont les embruns iodés, l’air salin naviguent vers nous ; car, la Bretagne s’ancre dans ses esquisses et du Finistère vers partout, il n’y a qu’un trait d’encre.

Un réalisme enchanté et un enchantement réaliste, une histoire dans les histoires de personnages touchants et attachants, Eole et les druides veillent sur cette artiste dont l’imaginaire nous balade au gré de ses fantaisies, ou de choses à dire enfouies en son cœur

Il y a de l’Amour qui circule et de la beauté, il y a de la vie, de la rondeur, de la douceur et des promenades d’enfance. Mais aussi, apprendre à grandir comme des fleurs qui poussent attirées par les bonheurs de l’univers , et les bontés des joies retrouvées.

Femme de valeurs, elle nous conduit vers la lumière car, dans les méandres labyrinthiques de Brocéliande, on peut choisir de faire un pas d’enfant ou un pas de géant…

Il y a chez Anne alias Kalon Sardin une volonté de porter haut la liberté, et de vibrer lorsque les ondes marines croisent la verdure contrastée des salicornes, son intelligence est vive, sa grandeur d’âme infinie, en perpétuelle activité, elle gomme le ressac de l’illusion pour nous offrir des vagues de magies

Anne alias Kalon Sardin c’est « la femme qui danse » spectacle chorégraphie de Marie-Claude Pietragalla, c’est un petit-déjeuner où viennoiseries, pains et confitures maison distillent des parfums gourmands par une mâtinée radieuse et ensoleillée, c’est un théâtre élégant d’or, de velours et de rouge dont la scène parée de lumière pressent les applaudissements, c’est une paire de rideaux en lin ondulant dans la brise et dont les embrases sont tressées de fleurs, blés et perles d’eau comme des gouttes de pluie, c’est avoir toujours envie d’écrire des mots avec des vermicelles alphabet, c’est un châle tissé à la main aux couleurs chamarrées dont l’éclat apporte réconfort et gaieté, c’est un buisson d’airelles vitaminées, espiègles et pimpantes…

Kalon Sardin Dessinatrice et Illustratrice bretonne de Douarnenez

Je suis illustratrice pour enfants. J’illustre des livres écrits par d’autres mais je travaille aussi en parallèle sur un projet personnel (écriture + illustration) autour d’une petite fée bretonne, Erell. Je suis une cabossée de l’existence et il est important à mes yeux de savoir aider les autres. Si à travers mon travail, j’arrive à exprimer les choses que les mots n’arrivent pas toujours à faire, et si d’autres petit.e.s cabossé.e.s y trouvent des clefs, alors c’est super chouette et ça me suffit bien.

Qui, quoi, comment t’a donné envie de devenir dessinatrice ?

Petite, je dessinais sur les murs et arrachais le papier peint pour faire disparaitre ma bêtise. Est-ce que ça peut venir de là ?…

Plus sérieusement, c’est surtout en élevant mes enfants, en les regardant grandir et en comprenant l’importance de m’adresser à eux avec un langage adapté, un langage qui ne comporte pas forcément de mots mais qui n’en reste pas moins des plus sincères. Laisser leur esprit vagabonder librement à travers une lecture d’image, ne pas les enfermer dans un moule avec une seule vision des choses imposée et leur transmettre au passage de belles valeurs. Voilà ce qui m’importe le plus.

J’aime le contraste entre un dessin pouvant paraître incroyablement naïf et le message incroyablement puissant pourtant véhiculé. Il y a par exemple les personnes qui ne verront qu’une sirène à la peau noire portant un T-shirt disco et présentant une petite perle blanche à d’autres petites perles noires et grises. Et puis il y a celles qui comprendront que cela va bien au-delà et que ça parle bien évidement de respect, de tolérance, d’amour, de partage mais aussi d’éducation.

dessin d'une petite fille noire en sirène de Kalon Sardin

Mes dessins ne s’adressent pas qu’aux enfants dans le fond mais je ne peux pas ouvrir les yeux des adultes qui veulent les garder fermés en se bornant à leurs certitudes. Je n’ai malheureusement pas ce pouvoir. Encore moins le temps, assurément.

Comment est né Kalon Sardin et pourquoi ce nom, que signifie t’il ?

Je sortais d’une période difficile professionnellement parlant, n’ayant pas réussi à faire vivre un petit personnage (breton) pourtant cher à mon cœur. J’avais l’impression d’avoir bataillé dur dans le vide. Or je ne voulais pas arrêter mon activité pour autant, j’avais besoin de travailler, ayant comme tout le monde des factures à payer.

J’ai alors décidé d’élargir mon champs d’action en proposant des illustrations qui ne tournaient pas seulement autour de la Bretagne. Je tenais pourtant fermement à cette identité, fière de mes origines. Ainsi, voulant faire un petit clin d’œil à mon port d’attache au passage, étant douarneniste de cœur, il fût naturel et évident de songer à Kalon Sardin (coeur de sardine) faute d’être une véritable Penn Sardin (tête de sardine).

Quelle est ta définition du mot dessiner ?

Dessiner est à mes yeux un véritable mode d’expression. Lorsque je m’enferme dans mon atelier, dans ma bulle, avec ma musique et pour seuls outils une feuille blanche, un crayon ou une tablette graphique, c’est que j’ai besoin d’exprimer, de raconter quelque chose. Chacun de mes dessins raconte une histoire. Il y a toujours quelque chose à décoder. C’est primordial à mes yeux. L’aspect lisse et commercial ne m’intéresse pas. J’ai besoin de me sentir engagée pour créer. Pas seulement dans mes créations personnelles mais aussi dans mon travail en général.

J’ai aussi besoin que la lecture se déroule bien, que l’Autre ne soit pas agressé.e mais qu’au contraire il ou elle s’y sente bien et y voit ce que je tente de lui montrer. Lorsque l’on me dit que mon dessin est mignon ou joli, cela me touche bien sûr, mais bien souvent cela ne me suffit pas. J’aime quand ça va bien au-delà, et que la personne (enfant ou adulte) exprime son ressenti et qu’un échange s’installe alors. Car puisque je ‘parle’ à travers mes dessins, j’aime forcément bien qu’on me réponde. C’est une invitation au dialogue en quelques sortes.

Pour toi créativité, inventivité et imagination riment avec quels verbes dans ton domaine professionnel, et font-ils partis de ton quotidien ?

Je ne sais pas trop avec quels verbes faire rimer ces mots mais ils font en effet partie de mon quotidien puisque les idées ne viennent pas seulement lorsque je suis dans mon atelier. Je vis avec, perpétuellement. Il peut m’arriver d’avoir une idée de dessin lorsque je fais mes courses, ou lorsque je me promène dehors, ou lorsque je regarde un visage ou bien juste avant de m’endormir.

L’esprit est conçu pour penser mais aussi pour imaginer, pour créer. Le mien est en ébullition H24. Il me suffit juste d’être à son écoute dans le fond.

Où l’écrivain puise-t-il ses mots pour écrire un roman ? Où le musicien va-t-il chercher ses notes pour écrire une partition ? Comment le danseur imagine-t-il ses mouvements pour créer une chorégraphie ? Se nourrir de ce que le monde et la vie nous offrent en terme de jolies choses est sans doute un bon début dans le domaine de la création. Pour un travail plus engagé, il y a aussi les choses malheureusement bien moins belles, pour ne pas dire bien plus laides. Je crois bien qu’il y a toujours une part de soi dans le travail d’un artiste, lorsqu’il est sincère.

Que penses-tu apporter au monde du dessin, et que t’apporte le fait de dessiner ?

Je n’ai aucune idée de ce que je peux bien apporter au monde du dessin mais j’espère sincèrement faire du bien, uniquement. Je sais par contre ce que le dessin m’apporte et je mesure la chance que j’ai de pouvoir m’exprimer en toute liberté à travers un simple trait. Cela a été, est et sera éternellement salvateur pour moi.

Où peut-on admirer tes créations, et partent-elles en voyage ?

Mon travail est essentiellement visible sur mon site internet. Mes créations souvent numériques voyagent en effet, et bien plus à l’étranger qu’en France d’ailleurs, ce que je déplore un peu sans vraiment le comprendre.

Trois livres pour enfants sortiront ainsi dans les prochains jours de l’autre côté de l’Atlantique suivis de près par un quatrième puis un cinquième mais en Allemagne cette fois-ci.

Mon calendrier est pour le moment plein jusqu’à l’été 2021. Les projets n’arrêtent pas et se font toujours à distance, ce qui m’arrange bien.

Je suis une sauvage et plus le temps passe, plus je le suis. Et si j’ai du mal avec l’aspect intrusif et non respectueux d’internet parfois, je dois bien admettre aimer tout particulièrement cette fenêtre ouverte sur le monde dont on peut profiter sans avoir à bouger de chez soi. Et bien sûr, lorsque l’on traverse de surcroît une crise sanitaire, c’est une chance inouïe à saisir absolument, ce dont je ne me prive pas.

Où et comment puises-tu ton équilibre ?

Définitivement auprès de ma famille, celle que j’ai créée avec ma moitié et mes enfants. Il n’y a rien de plus vrai à mes yeux. Si je sens que je perds pieds pour quelque raison que ce soit, c’est auprès d’eux que je (re)trouve mon équilibre. La vie ne nous a pas fait de cadeaux.

Pendant très longtemps, j’ai pour ma part et malgré moi accordé plus d’importance aux personnes malveillantes et aux vices qui les entouraient plutôt que de prêter attention à ces belles personnes aimantes et bienveillantes qui étaient pourtant auprès de moi. Longtemps, j’ai cherché ce que j’avais finalement sous les yeux. Et puis j’ai fini par voir, par comprendre et enfin chérir ce précieux trésor. Car c’en est réellement un. Ma vie sans eux ne serait rien.

dessin d'une petite fille avec un nounours dans une barque de Kalon Sardin

Et je me fous bien de savoir ce que les autres pensent, je me moque éperdument de passer pour une ‘pauvre niaise’ ou pire encore. Je passe outre. Ce qui compte le plus est ce que je ressens pour eux, là, juste là, et surtout de pouvoir leur exprimer jour après jour. Lorsqu’un lien fort unit des personnes entre elles, un lien ayant résisté aux pires tempêtes, il ne faut pas avoir peur d’exprimer ses sentiments. On n’a jamais l’air idiot de le faire. On a juste l’air idiot le jour où on ne peut plus.

Quelles autres passions animent ta vie ?

J’écoute beaucoup de musique. J’en suis dingue. Je ne résiste pas au son de bonnes basses sans me mettre à danser. Je peux passer du concerto pour violon de Tchaïkovski au ‘To Whom It May Concern’ de CeeLo Green en passant par Dan Ar Braz. La musique suit généralement mon humeur. Je suis curieuse, j’écoute de tout. Je me suis même mise au rap américain dernièrement. Et j’aime beaucoup la touche britannique de Loyle Carner aussi. Je peux par ailleurs écouter en boucle des musiques de film lorsque je travaille.

dessin d'une petite fille avec un oiseau de Kalon Sardin

Je suis dingue de cuisine également. Ma grand-mère m’a tout enseignée. J’ai d’ailleurs longtemps voulu en faire mon métier. Une autre façon de créer en somme.

J’aime énormément lire aussi même si depuis quelques temps, je lis beaucoup moins. J’adore par ailleurs les bons films mais paradoxalement, je déteste aller au cinéma. Je préfère pour cela le confort et la tranquillité de mon salon.

J’aime la photo, j’aime particulièrement saisir un instant anodin aux yeux du commun des mortels mais empli de souvenirs et précieux symboles aux miens. J’aime figer ces petites choses à jamais, les suspendre dans le temps et avoir le sentiment de pouvoir les revivre chaque fois que j’en ai envie.

Enfin, je crois bien qu’après en avoir longtemps douté, j’aime tout simplement la vie.

Peux-tu te décrire en 3 adjectifs ? Quelle est ta couleur préférée, et pourquoi ?

Créative, tolérante et (hyper)sensible.

Je n’ai pas de couleur préférée. Je les aime toutes. Mais puisqu’il faut restreindre mon choix, je dirais sans aucun doute les 3 couleurs primaires puisqu’elles permettent de créer toutes les autres. Ceci étant dit, j’aurais également pu répondre la couleur de peau de mes enfants.

dessin d'une petite fille avec des souris de Kalon Sardin

Quel est ton coup de cœur du moment, et pourquoi ?

Le travail d’Alphonso Dunn. Les conseils qu’il donne aident beaucoup et il est important de lui rendre hommage, son livre ayant été plagié dernièrement par un autre artiste.

Si tu étais…

Un objet ?

Une mine de plomb. Peu importe le support, peu importe le trait, seule compte l’expression.

Une émission de télé ?

Je ne me reconnais dans aucune d’entre elles. Une série plutôt peut-être… Handmaid’s Tale, pour ce qu’elle dénonce et les dérives dans lesquelles une société peut malheureusement très vite sombrer.

Un événement ?

8 mai 1945 parce que ce n’est pas seulement la fin d’une guerre mais que c’est aussi la défaite de l’Allemagne nazie. L’Homme oublie trop vite, il aurait pourtant tant à apprendre du passé afin de ne pas commettre éternellement les mêmes erreurs. Il faut se souvenir. Il me semble que c’est important.

Sinon dans un tout autre genre, la rencontre avec ma moitié et la naissance de mes enfants étaient assez grandioses (et folkloriques) aussi.

Un personnage de roman ?

Bilbo le Hobbit, forcément. Je crois que j’ai beaucoup de points communs avec lui et vivre une aventure aussi fantastique que la sienne me plairait bien. J’aime par dessus tout son altruisme.

Un lieu ?

Ma maison. Nul autre endroit au monde ne m’apporte autant de réconfort. On ne réalise jamais assez la chance que l’on a d’avoir un toit pour s’abriter, un endroit où s’attabler pour se nourrir et un lit pour dormir. Et lorsque les personnes que l’on aime le plus au monde s’y trouvent aussi, alors le bonheur est total.

Tu organises un dîner avec 6 personnalités dans quel lieu, qui est autour de la table, et quel serait le menu ?

Dans ma maison, j’invite Rachel Carson, Mileva Einstein, Maria Callas, JRR Tolkien, Henri David Thoreau et Stephen King.

Au menu : plateau de langoustines en entrée, tarte au blé noir aux légumes du soleil en plat accompagnée d’une petite salade verte, et enfin tarte au citron (poudre d’amande et farine de riz pour plus de légèreté) en dessert.

Je sers le tout avec un bon petit Bourgogne et je fournis masques et gel hydro-alcoolique, pas de souci.

dessin de 3 petits personnages qui font la fête de Kalon Sardin

Quelle question as-tu envie de poser et à qui ?

À ma mère : « Pourquoi ? ».

dessin d'une petite fille qui tient la terre dans ses bras de Kalon Sardin

logo Kalon Sardin
www.kalonsardin.bzh

Dessinatrice – Illustratrice


Maud Ménès

Interview réalisée par Maud Ménès

Co-Fondatrice – Présidente de Aquimieuxmieux.com

Directrice de la publication – Rédactrice Web – Communication – Consulting – Coaching – Révélatrice de vos talents



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