Interview de Virginie Bruno


Interview de Virginie Bruno

Fromagère Maison Kill Brie


Lorsque la vie prend une autre direction en lui donnant une nouvelle dimension et que le travail s’inscrit en adulation dans un lieu exceptionnel qu’est l’île de beauté.

Virginie Bruno a trouvé sa voie et a laissé ses aspirations s’ouvrir à d’autres horizons comme un véritable pèlerinage vers soi, vers les autres et vers une profession qu’elle exerce avec rigueur, remise en question et recherche de sens.

Cette femme dynamique, pétulante, engagée est fromagère à la tête de la Maison Kill Brie.

Mais il y a aussi dans sa jolie boutique, des trésors qu’elle affectionne, et des instants de vie qu’elle partage avec emphase ; et c’est bien de cela dont il s’agit, être en phase avec un présent, un lieu, une passion, un équilibre pour s’en nourrir pleinement et transmettre cet inaltérable goût du bonheur.

Le fromage se décline en toute saison et s’invite à l’apéritif, dans des fêtes, s’offre sur un plateau, se fait discret ou au caractère bien trempé, et c’est tout l’objet de son esprit de transmission.

Femme de tête, femme esthète impliquée pleinement, professionnelle résolument, Virginie Bruno régit son entreprise et son existence à 100%

Le cœur sur la main et la main sur le cœur, elle porte haut les couleurs de la volonté, le courage et la ténacité en alignement avec les mots et las actes…

Virginie Bruno c’est une calèche Autrichienne dont le charme se prête à une promenade inoubliable, c’est un balai de danse classique où pointes, tutus et grâce appellent à la contemplation de l’instant, c’est une grande étendue d’eau dans le calme matinale de l’aube qui s’éveille où hérons gris, grues blanches, butors étoilés et grèbes huppés profitent de la quiétude silencieuse, c’est un verre tulipe d’une suprême élégance dont la transparence laisse admirer un champagne aux bulles fines et aromatiques, c’est accorder à la volonté une crédibilité sans faille qui permet de conjuguer le verbe oser, c’est une demeure à colombages atypique aux dessins colorés façade qui se dessine dans les mémoires architecturales, c’est le carré de soie « La pâtisserie de Mademoiselle Coco Channel »…


photo de Virginie Bruno Maison Kill Brie
© Rita Scaglia

Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Exercice qui donne matière à réfléchir… alors en tentant d’être la plus objective possible je dirais que je suis quelqu’un de passionné qui assume ce que je suis dans mes choix et mes différences, j’aime partager et échanger, j´aime la générosité et je déteste la méchanceté.

Enfin, J’aime Aimer.

Qui, quoi, comment t’a donné envie de devenir fromagère ?

Qui ? Ma maman qui connaissait et travaillait avec une famille de maîtres affineurs fromagers Cannois, mon entourage qui me persuadait que mon fromage pouvait se vendre et enfin mon Maître Christian Janier qui a su m’accorder sa confiance.

Virginie Bruno et Christian Janier
Virginie Bruno et Christian Janier

Quoi ? L’envie de relever le défi dans une petite ville comme l’Ile Rousse de faire naître un commerce qui n’avait jamais existé auparavant.

Comment ? En ayant l’audace d’aller voir un ami devenu mon associé et en lui présentant ce projet fou d’ouvrir une première fromagerie dans une ville d’un peu plus de 3000 habitants.

Quelle est ta définition du mot fromagère ? Peux-tu nous parler de la « fromathérapie » ?

Fromagère… : Femme qui vend ou fabrique du fromage, voire les deux !!! Selon moi c’est une femme qui vend plus que du fromage, elle vend du rêve en définissant les courbes, les subtilités et les origines du fromage. Elle est à l’écoute des goûts de ses clients pour les orienter vers ce qui va les transporter et si elle fabrique, alors elle a un sens très aiguisé de la physique et elle doit être bien inspirée !!!

La fromathérapie est un terme complètement inventé suite au constat que la démarche de mes clients va bien au-delà de venir acheter du fromage, ils viennent chercher un souvenir, du réconfort, de la découverte, certains viennent même trouver une forme de thérapie-compensation par le fromage ! Beaucoup de mes clients adoreraient être remboursés par la sécurité sociale tant le fromage leur apporte quelque chose de salutaire ! Du coup, pas difficile de voir une forme de fromathérapie à travers le métier !

Comment le fait d’être fromagère te construit-il, et que penses-tu apporter au monde du fromage ?

Chaque jour le fromage m’apprend quelque chose et cet apprentissage me forme en permanence. Il faut de la rigueur en gestion et j’avais beaucoup à apprendre de ce côté là : anticiper les demandes des clients, gérer les stocks et éviter les pertes le plus possible. Enfin, l’épanouissement créatif autour des plateaux et pièces montées fromagères me construit vraiment, et peut être de futurs challenges…

« Apporter quelque chose au monde du fromage » me semble prétentieux car je reste persuadée que j ai plus à apprendre aujourd’hui que le contraire, en revanche ce que je peux constater, c’est que l’univers du cake design dont je suis issue apporte mon monde imaginaire à l’univers du fromage, du coup j’apporte vraisemblablement un peu de poésie et de naïveté à travers mes créations beaucoup de féminité, je dois peut être « casser certains codes » très respectueusement bien sûr !

Peux-tu partager avec nous l’histoire de Kill brie ?

L’histoire du Kill brie remonte à fort longtemps d’autant que je me souvienne à plus de 20 ans en arrière à Cannes où j’apprends et élabore avec un ami Maître Affineur fromager une recette de brie à la truffe accessible tout public, différent des autres bries truffés que l’on trouvait chez d’autres fromagers. De là, la recette part avec moi en Corse et je prépare des bries au départ pour la famille et des amis. Petit à petit mon entourage m’encourage à ce que j’en produise pour des professionnels pour les fêtes de fin d’année, puis toute l’année.

Il y a presque 4 ans l’artiste Antò Fils de Pop avec lequel je collaborais déjà sur d’autres projets me suggère de trouver un nom qui « claque » un visuel qui doit interpeler dans une vitrine de fromages et casser cette image lisse que j’avais à cause du cake design. Ayant un caractère « combatif » un jour je me souviens avoir dit : « Je suis en mode Kill Bill » tous les 2 fans de Tarantino Antò trouve le jeu de mots et je valide son étiquette évidemment ! Nous avons par la suite déposé le nom à l’Inpi… voilà le début de l’histoire du Kill Brie depuis il fait son bonhomme de chemin car il faut plus qu’un nom et une étiquette, c’est notre produit phare, nom éponyme de notre enseigne et sourires quelques fois des gens dans la rue qui m’interpellent « Oh Kill Brie » et j’avoue c’est très « satisfaisant » !!!

devanture de la Maison Kill Brie de Virginie Bruno

Dirais-tu que la Corse est un pays de fromages, et que cette île est épicurienne ?

Oh que oui !!!

La Corse est une terre de bergers Capraghji (chevriers) et pecuraghji (bergers de brebis) vous avez remarqué qu’en français notre lexique est moins explicite sur le nom de la fonction du Berger !!!

Il existe en Corse 5 types de fromages : le bastelicaccia, le calenzana, le niolu, le sartenais et le venacais et une seule Aop pour le Brocciu, un délice que je savoure personnellement tiède tel quel mais pour lequel il existe mille et une recettes salées comme sucrées !!!

Tout ces fromages sont fabriqués à partir de lait de brebis et / ou de chèvre pas de vaches laitières en Corse même si un ou deux agriculteurs ont tenté l’expérience d’en importer, ce n’est pas inscrit dans le patrimoine fromager de l’île !

L’élevage en Corse remonte à 7000 ans de tradition… jusqu’à aujourd’hui avec encore 320 bergers qui renouvellent le métier. Vraiment je suis heureuse de compter chaque année de plus en plus de jeunes producteurs qui cherchent à améliorer et insuffler leur créativité avec ce que nous avons comme richesses naturelles dans leurs fromages.

On voit naître des croutes fleuries au lait de chèvre se rapprochant des Camemberts, des tommes avec des myrtes ou de la népita, c’est fascinant !

Donc la Corse n’a pas fini d’être un pays de fromages : au passage saviez vous que la société Roquefort est toujours installée chez nous !?

Non seulement l’île est épicurienne mais de surcroît l’île est un grenier et un panier de victuailles incroyables. Même si assez proche du régime crétois la cuisine insulaire est initialement « pauvre », elle est d’une richesse infinie dans laquelle nous puisons sans fond ! Nous aimons voyager et découvrir les plaisirs épicuriens d’ailleurs pour mieux en profiter chez nous par la suite. L’Ile est belle et bien épicurienne dans les plaisirs simples : un morceau de Charcuterie, de fromage, de pain et de vin le tout de chez nous et dans le maquis reste selon moi la définition de notre épicurisme.

Selon toi, le fromage doit être : une habitude, un plaisir, une découverte… et, de quelle façon le fromage peut-il devenir une surprise ?

Le fromage doit être la Vie je ne peux pas mieux dire en tant que fromagère et amoureuse du fromage ! Et pour moi la vie doit être une curiosité

Bien sûr que le fromage peut devenir une surprise !!!

C’est comme regarder la mer tous les jours : la même et pourtant tous les jours différente !

Avec le fromage il y a les personnes qui vous entourent, l’accompagnement qui va avec, l’humeur du jour, la santé en plus du fromage qui lui aussi est à géométrie variable en fonction de la saison et l’alimentation de l’animal qui produit le lait… pour toutes ces raisons, le fromage même dégusté quotidiennement ne peut devenir qu’une surprise de tous les jours !!!

Où et comment puises-tu ton équilibre ?

En général je puise mon équilibre au sein de mon foyer entourée de mes enfants et ceux que j’aime ma famille mes amis, mon amoureux c’est très important ; sinon, j essaie quand je peux d’être dans mon maquis que j’aime tant ! Mais mes clients dans mon magasin font également partie de mon équilibre, j’ai un contact particulier avec eux ils ne sont pas de simples clients ils sont des liens sociaux essentiels.

Peux-tu te décrire en 3 adjectifs ? Quelle est ta couleur préférée, et pourquoi ?

Généreuse
Passionnée
Amoureuse (dans un sens très large)

La couleur préférée de Kill Brie est indéniablement le jaune solaire vitaminé et fromager !!!

Quelles autres passions animent ton existence ?

L’art, la gastronomie, la musique, la nature, la cuisine, la photographie, la randonnée, la lecture, la philosophie, le cinéma, les voyages, l’Italie, le Japon…

Quelles valeurs et quels principes sont pour toi primordiaux ?

L’humilité, l’honnêteté, le respect, la générosité, l’empathie et la liberté sont des valeurs essentielles et primordiales pour moi.

Quel est ton coup de cœur du moment, et pourquoi ?

C’est difficile de répondre à cette question, mon coup de cœur reste le comté d’été 15-18 mois : je peux en manger tous les jours !

Si tu étais…

Un événement ?

J’aimerais être un salon fromager international en Corse parce que c’est une terre de bergers et que ce serait merveilleux de faire découvrir aux amoureux du fromage d’autres horizons gustatifs en dehors des crémeries qui existent déjà sur l’île !

Un lieu ?

En ce moment la Sicile parce que c’est une île riche en Histoire, avec un patrimoine artisanal, une culture qui me plait, avec un cœur volcanique qui me fascine et en plus avec des bergers incroyables !

Une poésie ?

La prof de Lettres que je suis fait face à un vrai dilemme alors sans trop réfléchir sinon je ne finirai jamais cette interview ce sera « Parfum Exotique » de Baudelaire à défaut de la fable réécrite par La Fontaine « Le corbeau et le renard » !!!

Une citation ?

Celle de Colette : « Si j’avais un fils à marier, je lui dirai : « méfie-toi de la jeune fille qui n’aime ni le vin, ni la truffe, ni le fromage, ni la musique ». « 

Une série télévisée ?

Wonderwoman bien sûr !

Que t’inspire la thématique 2020/2021 de Aquimieuxmieux.com « Réagir et rebondir ?

Elle m’inspire la remise en question permanente pour aller de l’avant !

Tu organises un dîner avec 6 personnalités : dans quel lieu, qui est autour de la table, et quel serait le menu ?

Édouard BaerAurèlie SaadaBenjamin BiolayQuentin TarantinoFabio BragnoloAntò fils de pop

J’aimerais un repas champêtre au bord de la mer chez moi en Balagne à la Punta di Spanu à savourer des oursins, du bon pain du beurre cru de la poutargue de chez nous, un bon prizuttu affiné 3 ans, un peu de parmesan 24 mois avec du champagne et finir avec un brocciu encore tiède un peu de sucre et de café dessus

Quelle question as-tu envie de poser, et à qui ?

A quoi ressemblera le plateau de fromages de l’an 2050 ? A ma fille héritière de mon goût pour le fromage !


Maud Ménès

Interview réalisée par Maud Ménès

Co-Fondatrice – Présidente de Aquimieuxmieux.com

Directrice de la publication – Rédactrice Web – Communication – Consulting – Coaching – Révélatrice de vos talents



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